Soins de fin de vie et refus de traitements

Dernière mise à jour : 9 juil.

Et la santé? Qu’est-ce que vivre/mourir?



Évènement

Le Collège des médecins du Québec a récemment pris position face aux amendements de la loi sur les soins de fin de vie votée voilà six ans. Il cautionne ces amendements tenant compte de l’évolution de la société et du fort assentiment des médecins et de la population. D’ailleurs la loi québécoise doit s’harmoniser à la loi fédérale. Ainsi, il est maintenant reconnu que les souffrances psychiques et physiques sont des motifs égaux pour demander l’Aide Médicale à mourir. Une demande anticipée de l’AMM est acceptée pour les maladies neurocognitives. Il est acquis que la demande de l’AMM est possible dès 14 ans. Le Collège s’interroge cependant sur le motif de « la fatigue de vivre ou des polypathologies » que pourraient évoquer comme motif les personnes âgées et d’autres bien sûr. Il importe avant tout, insiste le Collège, de respecter l’autonomie des personnes.


Ce sont là, me semble, les prises de positions centrales du Collège.


Cliquer ici pour voir la référence.


Cette loi des soins de fin de vie précise aussi qu’il est possible hors du cadre des soins de fin de vie d’anticiper le refus de traitements :



IL s’agit ici des Directives médicales anticipées qui permettent de refuser à l’avance des traitements médicaux en situation d’incapacité de formuler ce refus. Il est conseillé de remplir un formulaire à cet effet et de le transmettre aux autorités médicales pour s’assurer que ces Directives soient respectées.


Cliquer ici pour voir la référence.


Ces deux dispositions légales proclament l’autonomie des personnes face aux dispositifs médicaux des soins qui peuvent être dispensés, soit en fin de vie, soit en prévoyant l’incapacité d’exercer cette autonomie.

Non, ce n’est pas un consensus social sans faille, car demeurent les soins palliatifs qui protestent et réclament un autre entendement du vivre/mourir en inscrivant les personnes dans leur histoire personnelle et non pas dans le seul processus de devoir être soignés.


Voici le mémoire de la Société québécoise des médecins de soins palliatifs déposé lors de la consultation de la loi 52, refusant l’euthanasie et l’assimilation des soins palliatifs à une pratique semblable.

Cliquer ici


http://www.cmq.org/publications-pdf/p-1-2016-08-29-fr-sedation-palliative-fin-de-vie.pdf


En somme, les soins de fin de vie et le refus des traitements sont de la même mouture, de la même vision techo-médicale, celle qui considère la personne comme un patient.


Réflexion

Ces deux lois inscrivent l’autonomie de la personne non dans la relation à sa santé, mais dans son rapport aux soins médicaux, le circonscrivant, oserais-je dire, dans un statut de « sujet » médical.


Je dis « sujet », mais je pense « objet ». Le Système de la Santé ne promeut pas la santé de la population, mais les soins médicaux auxquels seront confrontés des personnes dont le statut se réduit alors à celui de patients.


La population et le corps médical semblent majoritairement partager le bien-fondé de ces dispositifs et considèrent qu’ils sont en résonnance avec la société. Mais quelle société ? Quelle est cette société qui applaudit à cette promesse « de mourir dans la dignité », cette mort donnée par ceux-là même qui auparavant employaient toutes leurs ressources pour guérir ?


Cette société est celle du néo-libéralisme : ce capitalisme débarrassé des considérations morales et des cultures façonnant hier les sociétés, car les lois du marché réduisent les comportements sociaux à la concurrence, la consommation, l’individualisme forcené. Ce sera dorénavant la bureaucratisation-sans- âme-politique (politique : ces rapports entre les membres d’une société) qui sera le maître d’œuvre de l’architecture des sociétés soumises à une économie nouvelle, celle des nouvelles technologies. Cette technologie qui permet aux médecins des « exploits » qui ouvre la porte au transhumanisme. Cette technologie qui trouve écho dans la population, elle-même transformée par ce néo-libéralisme.


Ivan Illich avait prévu cette transformation et il la décrit dans Némésis médicale.

"L'entreprise médicale menace la santé. La colonisation médicale de la vie quotidienne aliène les moyens de soins. Le monopole professionnel sur le savoir scientifique empêche son partage.


Une structure sociale et politique destructrice trouve son alibi dans le pouvoir de combler ses victimes par des thérapies qu'elles ont appris à désirer. Le consommateur de soins devient impuissant à se guérir ou à guérir ses proches. Les partis de droite et de gauche rivalisent de zèle dans cette médicalisation de la vie, et bien des mouvements de libération avec eux. L'invasion médicale ne connaît pas de bornes."


Même constat conduit par Christian St-Germain devant l’annonce de l’élargissement de la loi des soins de fin de vie :


Cliquer ici pour voir la référence.


Il fut accusé d’être un complotiste et s’en est défendu dans cette vidéo :



Dans ce contexte, le sens à devoir donner à un refus de traitement pour échapper à l’emprise du Système de santé et revendiquer son autonomie subjective de « sujet » nous conduit à concevoir le vivre/mourir dans la perspective de la santé plutôt que dans celle des soins. Il est naturel pour un être vivant, pour l’humain ici, de conserver au mieux possible son intégrité physique et psychique. Nous savons que nous serons malades, que nous souffrirons, que nous vieillirons et mourrons. Ce processus est celui de la santé assumée à travers les vicissitudes de la vie et il est normal et bon de requérir les soins appropriés. Ce Système de santé ne répond pas cependant à mon intime sentiment d’être un sujet quand il veut bien m’accorder mon autonomie qu’à travers son exclusive prise en charge technologique de ma santé/de ma vie, qu’en regard des soins hospitaliers, qu’à la condition de reconnaître et accepter que refuser ou accepter ne s’entendent que lorsque je m’abandonne à son emprise. C’est, je crois, le sens qu’Illich donne à « l’expropriation de la santé » et que révèlent cette loi des soins de fin de vie.


Question

Que serait alors un refus de traitement ? N’aurait-il sens que lors de la décision de ne pas participer à ce Système de santé, s’y opposer même en dehors du cadre de cette loi quitte à refuser de guérir en recevant des soins salvateurs ? Comment conserver son autonomie de sujet si ce n’est qu’en décidant de se priver de traitements pour conserver sa qualité de sujet? Est-ce à ce point qu’une personne devrait vouloir conserver son autonomie ? Que dirait cette société d’un tel comportement, quel blâme lui serait attribué ? Pourquoi le refus de traitement ne devrait-il s’exercer qu’en aval…une fois avalisée la logique médicale ? Comment agir pour faire reconnaître sa qualité de sujet et vivre/mourir en osant prendre soin de sa santé ?




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