Les réseaux sociaux et la hiérarchie

Dernière mise à jour : 9 juil.

Prendre la parole…Des grognements à la gestuelle parlante des Cro-Magnon, ce fut la parole, depuis l’avènement progressif de l’humain, qui a dit la vision du monde des individus. La parole a fait exister le Monde pour celui qui parle. Puis est survenu le langage pour que les individus se parlent entre eux. Langages codées, visions du monde à travers les continents et les époques.



La prise de parole sur les réseaux sociaux départage ceux qui parlent bien de ceux qu’on qualifie de trolls, d’ignares, de complotistes, charlatans …ces hors-normes, honnis par la doxa parce qu’ils humilient pour ainsi dire le langage correct par un refus ou une incapacité de rendre compte de la rectitude commune. Leur droit de parole leur est refusé. C’est de cette frange ici dont il est question, cette fange devenue.

Réflexion

La promesse du Web nous a fait rêver d’un grand village où tous et chacun pourrait s’exprimer, partager ce nouveau bien commun enfin accessible à ceux et celles qui n’avait pu affirmer leur droit de cité, libérés de leur condition sociale, en toute démocratie : des êtres humains égaux invités à prendre la parole. Les réseaux sociaux sont devenus l’emblème de cette promesse de démocratie.


Le Wen apparaissait comme un bien public. Il est devenu très tôt un bien privé et les GAFAM en illustre bien la réalité. De fait, le WEB était au départ un bien privé à l’usage de ceux qui avaient les moyens, le pouvoir donc de l’instaurer. Eux seuls avaient accumulés les biens nécessaires pour lancer une telle entreprise et envisager d’en faire un outil dédié à leurs intérêts. L’armée, les universitaires et les autres élites en ont fait cette toile d’araignée où ses consommateurs viennent alimenter la machine. Certains y trouvent droit de cité, d’autres s’en voient refuser la reconnaissance. Voilà une démocratie à pas variable puisque les réseaux sociaux reconduisent la même dynamique des hiérarchies de toujours.


Non, il n’y avait pas promesse de démocratie, mais bien la reconduction de la hiérarchie, d’une nouvelle hiérarchie, celle qui les moyens et le pouvoir de changer la vision et la pratique du Monde en instaurant un agora nouveau contraignant les droits de parole à la numérisation des relations interpersonnelles, celles des corps/paroles, les virtualisant. Certes, plusieurs hiérarchies du dorénavant ancien monde ont perdu l’exclusivité l’autorité de la parole puisqu’enfin tout le monde pouvait parler, pensait-on, à travers les réseaux sociaux. Fin promise des Maîtres qui réglementaient le quoi dire, quoi penser, comment vivre. Les médias traditionnels, menacés ainsi, ont pour la plupart vite compris qu’il leur fallait rejoindre les réseaux sociaux, alors qu’ils avaient déjà avaient perdu les moyens de prétendre être le quatrième pouvoir. De nombreuses anciennes élites ont dû se résoudre à joindre les réseaux sociaux : les différents ordres d’enseignement, les Églises, les corps intermédiaires tout autant que les corporations…et les gouvernements. Ces élites de l’ancien monde ont basculé vers les réseaux sociaux s’illusionnant de participer encore à la conduite du Monde, de demeurer au faîte de la hiérarchie et d’organiser la démocratie. Illusion, et surtout maldonne!


Il n’y a pu en effet de changement dans l’organisation hiérarchique des sociétés, que changement de détenteurs du pouvoir, que lutte pour dominer. Comme toujours. Les anciens pouvoirs ont été contraints de s’assujettir aux réseaux sociaux, cette part prétendue démocratique du Web, cet os à ronger pour occulter leur obsolescence. Quelle sera la parade pour demeurer dans le déni, quelle sera la feinte pour s’auto dissimuler leur anachronique pouvoir ? C’est cette charge qui se veut consensuel contre ceux et celles qui polluent les réseaux sociaux : l’ancien pouvoir n’a pas dit son dernier mot et veut démontrer qu’il régit encore la parole correcte. Alors haro contre ces baudets, ces trolls tous azimuts qui par leur langage et leur vision du Monde contestent l’ordre établi. Ce déni d’avoir perdu le contrôle a trouvé son alibi en établissant un haut et un bas, un bien et un mal, un faîte et un bas-fond.


Le « bon peuple » aussi participe à cet hallali, cette huée tant la hiérarchie met en subordination les différents éléments amalgamés en celle-ci. Nous sommes tous de l’ancien monde et y revendiquons le rêve d’accéder au sommet de la pyramide, inscrits, consciemment ou pas, dans une doxa quotidienne, fascinés et aveuglés par un mot magique, la démocratie. Ne faut-il pas alors hurler avec les loups pour ne point être moutons ?


D’ailleurs, ne voyons-nous pas que le langage même se transforme et que les mots, les sens, les visions du langage numérique deviennent un langage codé se substituant à nos références langagières ? Les dictionnaires résistent en conservant les anciennes définitions des mots, mais pas Google qui donne réponses à nos requêtes formulées de plus en plus dans le registre informatique. Plusieurs écoles enseignent la programmation aux enfants. Le binaire triomphe ainsi que le nouveau code langagier. Cette transformation nous importe peu cependant tant nous sommes confortés de vivre encore comme hier par cette charge contre les mauvais utilisateurs des réseaux sociaux, garants d’une suite des choses sécurisante.


Nous nous acharnons alors à dénoncer les lacunes langagières de ceux et celles dont la parole inapte démontre bien sur les réseaux sociaux que notre hiérarchie conserve ses hauts et ses bas. La preuve en est que même nos dirigeants gouvernementaux s’adressent à nous par le truchement des réseaux sociaux. Comme les médias. Rien n’est changé : bienheureux trolls et ces affiliés paradoxaux qui nous confortent! Il va de soi que nous acceptions que Facebook mesure et dicte les règles de nos comportements sociaux …


Question

Que nous révèlent vraiment les réseaux sociaux ? Sont-ils vraiment outils de démocratie ou reconduction des hiérarchies depuis toujours fondées sur le pouvoir économique ? Pourquoi disons-nous « réseaux sociaux », le social étant de l’ordre du bien commun, alors que ces réseaux sociaux appartiennent à l’entreprise privé ? Ces questions sont grandes ouvertes. Cela va de soi.




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