Le corps, le réel et la virtualité du réel

Dernière mise à jour : 9 juil.

Évènement- Avènement

Nos relations sont déjà profondément transformées, individuellement et collectivement, mais nous ne le ressentons pas vraiment dans notre chair, dans la présence de notre-corps-esprit. Cet évènement est survenu sans que nous ressentions que s’effaçaient nos modes de communications habituelles, toutes celles que tissaient quotidiennement nos échanges en présence physique.


Ce sont les techniques et les nouveaux outils qui depuis le début de la formation des groupes humains ont modifié nos comportements et introduit de nouvelles économies, du silex au feu et tout ce qu’a produit l’homo faber pour survive et progresser. Puis l’agriculture, la sédentarisation et la cité. Les outils et technologies ont conduit à de nouvelles relations humaines et modelé les modes de relation et d’organisation des regroupements que commandaient de nouvelles économies. Dans le mot commerce, il y a étymologiquement l’échange de biens et les relations humaines. Maintenant la mondialisation s’instaure par les nouvelles technologies numériques qui ouvrent une nouvelle économie, celle du néolibéralisme.

D'après le site Internet Live Stats, plus de 4,79 milliards de personnes dans le monde avaient accès à Internet fin 2020. Ils étaient 4,54 milliards en 2019, soit une augmentation de 5,5%. En dix ans, le nombre d'internautes sur la planète a bondi de 166%.


Sur les 7,7 milliards d'humains sur Terre en 2019, 5,1 milliards possèdent un téléphone mobile et 4,4 milliards utilisent Internet (soit 57 % d'entre eux). En un an, le nombre d'utilisateurs du web s'est accru de 9,1 %, tandis que la population mondiale n'a progressé que de 1,1 %. Les réseaux sociaux ont eux aussi vu leur public s'accroître et comptent 3,48 milliards d'adeptes, soit 45 % de l'humanité.


Nous pourrions accumuler les faits qui établissent que toute notre vie quotidienne se diffuse à travers le virtuel, toutes ces interfaces et plateformes numériques qui rendent anecdotiques les rares moments en « présidentiel », terme d’un humour grinçant. Aucune action ou presque n’échappe à la nécessité impérieuse d’avoir recours au numérique. Malheur à qui n’utilise pas internet ou ne possède pas un simple cellulaire. À cette invitation-commande « d’en être », « de faire partie de », il est bien indiqué que « Votre présence n’est pas requise » 😊

Même les artistes ont été conduits à se « réinventer ». Voici ce groupe musical qui assiste physiquement à un spectacle qu’ils ont livré beaucoup plus jeune. Oui, ce sont eux, « réellement », car ils sont devenus des hologrammes.


Voir la vidéo par ici


Et bientôt le metaverse :


Des avancées technologiques comme celle qu’entreprend Elon Musk nous annoncent une suite des choses qui semble irréversible. L’excellent site de 7 jours sur terre en présente ici un aperçu. Voir l'extrait par ici.


Cet événement est un avènement qui déjà a modifié nos relations et ouvre à une décorporation du temps et du corps : nulle distance, nulle localisation, nulle présence physique. Être connectés, mais pas liés.


Réflexion

Cette évacuation de notre espace/temps, individuel et collectif, correspond en tous points à la dynamique néolibérale qui se fonde sur une économie de la financiarisation plutôt que celle de la production, qui conçoit l’individu comme un entrepreneur libéré des anciennes doxas moralistes et qui doit mériter par ses compétences et performances de vaincre la concurrence et de s’enrichir. Rien de plus triste qu’entendre des enfants de l’école primaire annoncer que le but de leur vie c’est d’être les meilleurs, que rien d’autre ne compte. Le néolibéralisme déstructure les collectifs en les vidant de ce qui les constitue, l’espoir de projets nouveaux. Chacun pour soi, chacun isolé dans cette illusion numérique de faire partie d’un grand village. Le wokisme en est l’idéologie conséquente, cette diversité tous azimuts n’est qu’une échappée d’un cauchemar tant il faut se venger d’un ancien monde qui a créé les conditions d’exclusions multiples et qui encore ordonne et régule les sans-droits de cité toujours dépourvus des moyens de gagner, d’être les meilleurs. Les universitaires, l’enseignement également, ont perdu leur prestige de transmission du Savoir, déclassés par les experts au service de l’ingénierie du néolibéralisme.



Dans une nouvelle littéraire de la défunte revue Planète un homme et des rats sont seuls sur un ilot perdu dans la mer. Ne reste enfin plus qu’un homme et un rat pour assurer leur survie. La bataille est terrible. Survient un navire qui sauve l’homme. Celui lance au rat un jambon…et ce rat hurle une rage infinie, exclus de la bataille pour la vie. Il en est ainsi pour tous les « pauvres ignorants » de la terre qui espèrent renverser la prétendue démocratie… la presque moitié des USA, et ailleurs. Les universitaires inventent le wok et les inutiles ignorants ragent d’être exclus.


J’ai retenu une phrase de mon enfance qui enseignait l’Incarnation de Dieu. Non, je ne suis pas un exégète 😊 « Le Verbe s’est fait chair et il est venu habiter parmi nous. » Le Verbe, c’est la parole, celle qui permet à chacun d’affirmer qui il est. La chair est notre corps-esprit qui se vit et est vécu par son environnement. Habiter est vivre concrètement un espace/temps. Je m’excuse auprès des croyants d’avoir sans doute détourné de son sens cette phrase qui pourtant illustre bien cet avènement qui se poursuit.


Nous sommes connectés certes, mais numériquement. Des logiciels peuvent imiter notre voix, mais est-ce une parole si on ne voit ni ses yeux ni sa bouche? Quel est cet espace/temps si nos corps ne l’habitent pas à travers nos interrelations quotidiennes ?


Arrive bientôt l’immersion virtuelle perfectionnée.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Immersion_(r%C3%A9alit%C3%A9_virtuelle


Cette représentation de la réalité sera aussi une réalité. Il semblerait que nous y soyons préparés et peut être avons-nous le goût d’y basculer. Le virtuel sera le réel.


Questions


Est-il juste d’accoupler le néolibéralisme et les technologies numériques ? Pourquoi les gens se demandent souvent lors d’un contact entre cellulaire un « Où es-tu » ? Dans le même ordre, pourquoi les gens consultent-ils leur cellulaire toutes les vingt minutes ? Quelle est leur angoisse si ce n’est de vérifier qu’ils sont vraiment là en leur corps-esprit ?


Matraqués jour et nuit d’informations éparpillées ,nous installons une appli pour ne rien échapper. Comment relier ces informations, y réfléchir, en faire une synthèse et une compréhension personnelle ?


Pourquoi avons-nous laissé le numérique envahir tout ce qu’auparavant nous pouvions entreprendre et nous soumettre plutôt à ses réseaux qu’on annonce bientôt neuroniques ?


Combien d’entre-nous ont conscience d’être transformés par cette nouvelle obligation d’utiliser les interfaces numériques, non comme des médiateurs mais en asservissement à leur logique numérique nous conduisant à toujours plus consommer de marchandises, fussent-elles artistiques ?


Oui, bien d’autres interrogations. Quelles sont les vôtres, avez -vous des réponses?


Qu’est-il maintenant de la tendresse naturelle envers l’Autre humain, de la joie spontanée devant un beau paysage, de l’envol d’un oiseau, d’un arbre glorieux? Cette tendresse de la vie vivante. Vous en souvenez-vous ?


Bien sûr, il y a des applis qui identifient les végétaux et les oiseux, des experts qui nous apprennent à enlacer un arbre et aussi toutes les techniques du compostage…et des milliers de thérapeutes pour nous réguler et nous rendre performants, nous et nos enfants.


Avez-vous vu une fois le regard dur d’un enfant de la maternelle ?



 

Discussion ouverte


 

La technologie au service de quoi ? 21 juin 2022 André-Philippe Boulanger Trottier



Un des plus grands problèmes dont fait face l’humanité au tournant de ce quart de siècle pratiquement entamé, c’est de constater la place prépondérante, voire presque inévitable, que la technologie occupe dans la vie quotidienne.




Dans le texte Le corps, le réel et la virtualité du réel, il est mentionné avec raison et justesse les dérives et l’immensité des défis que représente l’internet.


Le réel opposé au virtuel, le travail manuel opposé à son automatisation, la communication présentielle opposée à l’instantanée. Rapidement, le grand malaise ou la grande joie des 10 dernières années c’est d’étudier et voir les impacts de cette technologie autour de nous.


J’aimerais apporter une nuance intéressante à cette position. Une proposition même. Qui sait, peut-être même un projet ? Un complément à ce texte très fort.


Les moyens de production


La technologie et l’innovation sont partie intégrante de nos sociétés. Il ne faut, à mon avis, jamais s’y opposer et encore moins la ralentir. Ce serait une erreur. Mais permettez- moi de faire cette observation. Si autant de malaises et de problèmes surviennent face à la technologie moderne c’est principalement en raison de la vitesse où elle se développe et en partie en raison des moyens de production. Je m’explique.


Un célèbre penseur que vous connaissez tous, Karl Marx, pour ne prendre qu’un simple exemple, disait grossièrement du capitalisme qu’il comporte une injustice profonde puisque pour accéder au capital il fallait avoir accès aux moyens de production. C'est-à-dire d’avoir la possibilité d’acheter des installations, une usine, de l’équipement, de la matière première, du personnel afin de produire puis revendre à profit un produit quelconque.


Ainsi était fait le monde des temps modernes et tout cela a conduit à une révolution industrielle majeure et profonde de nos sociétés. Une révolution tellement rapide, et technologique bien sûr, qui a creusé d’importants, sinon encore plus importants, fossés économiques entre les classes et abîmé le filet social pour de longues décennies. Entre le capitalisme et sa réponse, le communisme, et tous les courants politiques centristes qui s’en sont suivis, les moyens de production sont toujours restés source de distance entre les classes puisque l’on disait, et on le dit toujours aujourd’hui, ça prend de l’argent pour faire de l’argent.


Le problème avec les malaises que l’on décrivait plus haut, c’est qu’encore une fois les moyens de production de la technologie entourant l’internet appartiennent encore au capital. De nouveau, les outils, les programmes, les réseaux sociaux et les sites internet appartiennent toujours au capital. Le fait qu’il en soit propriétaire n’est pas le problème. Loin de là. Le libre exercice du commerce qu’il soit électronique ou sous tout autre forme est nécessaire et souhaitable.


Cependant, les individus, les organismes et les acteurs de la société civile n’ont toujours pas accès aux moyens de production de ces technologies. Pendant que l’entreprise privée poursuit le profit au détriment de l’avancée humaine, ce qu'on ne lui reprochera plus, les acteurs de la société civile, les individus et les organisations civiles eux, ne produisent pas de technologie, ils n’en sont que des utilisateurs. Des utilisateurs.


La démocratisation n’est pas terminée


Ainsi, le problème n’est pas la technologie et ses dérives. Le problème c’est que l’entreprise privée dans la création de ces technologies n'a pas besoin de remplir autre chose que les besoins que le marché lui demande de remplir. Ainsi, quiconque désire participer à l’aventure d’un progrès technologique a besoin de rencontrer un profit à un moment où l’autre puisque les moyens de production de cette technologie restent encore très élevés.


Il faut terminer cette démocratisation de ces moyens de production et le seul endroit pour le faire; l’internet.


Avec des communautés toujours aussi grandissantes de Open Source, du No code et de la démocratisation du langage de programmation, nous pourrons redonner à l’individu la possibilité de répondre et créer les programmes nécessaires à l’accession d’une vie meilleure. En redonnant les moyens de production de la technologie et de création à la plus simple individualité, on redonne à l’ individu le pouvoir de prendre part active dans la résolution des problèmes modernes, plutôt que d’attendre que les solutions proviennent de l’entreprise privée. On lui apprend à être un utilisateur de ce qui fonctionne et à améliorer ce qui ne fonctionne pas.


En n’utilisant que l’argument de la rentabilité pour le développement de ces technologies, nous n’arriverons jamais à modeler un marché économique qui fera la demande d’innovation qui ont de réelles chances de contribuer à l’avancée humaine.


Poussons plus loin


Continuons de militer pour une accessibilité des moyens de production de cette technologie. Instaurons un cours de programmation dès un très jeune âge, encourageons l’investissement gouvernemental dans des solutions technologiques à but non lucratif, améliorons les cursus scolaires fait autour de ces moyens de production, proposons des initiatives citoyennes et des regroupement civils rémunérés, mais sans but lucratif, de développer des solutions simples à des problèmes complexes dans les régions, les municipalités et les quartiers.


La technologie n’est pas le problème. L’accès aux moyens de production est le nerf de la guerre, elle est en fait la différence entre la civilisation qui survit, celle qui progresse et celle qui s’éteint.








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