La pandémie et le néolibéralisme : le « je » et le « nous » sont-ils conciliables ?

Dernière mise à jour : 9 juil.

Évènements

Nous constatons que les populations de tous les pays battant pavillon démocratique se sont soumises aux dictats des lois d’urgence sanitaire. Étonnement!


Nous avons vu ici au Québec un quasi unamisme s’établir face à la gestion autoritaire de la santé par l’État. Retenons comme repères dans le temps la chasse aux fumeurs, la grippe H1N1 et maintenant la Covid. Les ministres de la Santé et les médecins ont tout d’abord été convoqués à alerter la population sur les risques que courraient les individus puis sur la nécessité de devoir protéger les autres. Déjà se dessinait le partage des bons citoyens et des méchants citoyens. La peur gagna la majorité de la population devenue docile. Cependant L’OMS avait été blâme par certains, suspectée de conflit d’intérêt lors de la grippe H1N1 et très tôt plusieurs voix dénoncèrent une fabrication de psychose collective.


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Si des lois avaient déjà été promulguées pour lutter contre les fumeurs devenus des pestiférés, la propagande pour la vaccination contre la grippe H1N1 nous donna le spectacle désolant de files d’attentes sous la pluie, parents et enfants attendant d’être vaccinés. C’était en 2010 et déjà les citoyens étaient conditionnés à devenir cette foule soumise dont Gustave Le Bon en avait expliqué le mécanisme nécessitant la fabrication des boucs émissaires, ces mauvais citoyens, pour légitimer une nouvelle cohésion sociale.


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Maintenant la gestion de la Covid a permis d’instaurer l’autorité des experts, d’établir un climat de peur alimenté par les mass-médias et d’imposer des mesures disciplinaires, dites sanitaires que la population avalisa. La boucle était bouclée et des boucs émissaires ont permis à la majorité de se conforter en son obéissance. Tout était orchestré/légitime par une référence absolue : la Science était cette Raison devenue nouvelle religion.

Cette gestion de la pandémie s’inscrit dans le contexte du néolibéralisme, ce mode de vie de la pratique de la vie quotidienne. Elle fait de nous des consommateurs de biens qui nous mettent en concurrence et nous conduisent à agir comme des entrepreneurs individuels cherchant à optimiser notre « qualité de vie ». Il, y aura des gagnants et des perdants. Des progressistes et des ringards, ceux qui adhérent à ce nouveau mode vie et ceux qui refusent de voir disparaître les valeurs qui ont permis un vivre ensemble maintenant disqualifié par ce néolibéralisme.


« Les écarts par rapport au libéralisme classique sont considérables : les relations économiques sont désormais au fondement de la société tout entière, il n’y a plus de référence au bien commun ni au droit naturel, le législatif n’est plus le pouvoir suprême, et le consentement du peuple n’est plus le fondement de la règle ! Bref, la démocratie a été liquidée au profit de la « liberté », celle-ci étant comprise en un sens très particulier » (La raison néolibérale Fabrice Flipo »


Fabrice Flipo dresse ici le chemin et l’objectif du néolibéralisme.


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Christian Laval enrichit cette analyse dans une courte vidéo.




Il serait hasardeux et prétentieux ici de prétendre circonscrire la nature du néolibéralisme. Il est possible de dégager cependant une rupture radicale entre hier et maintenant. Cet hier qui s’effiloche depuis une vingtaine d’années était celui de l’organisation des sociétés délibérément voulues et dédiées au bien commun, de la famille à l’État. C’était la démocratie en marche où se construisait à travers conflits et solidarités des sociétés issues des cultures qui perpétuaient en Occident des « valeurs », tels le bien commun, l’humanisme, l’autorité des institutions et des États qui s’en dégageait. Aujourd’hui c’est l’intérêt de tous contre un qui règne, car c’est la culture entrepreneuriale qui devient la pratique de l’organisation des sociétés : optimalisation de ses ressources, concurrence, marchandisation de tous et de tout. Exit le bien commun et quelque projet collectif que ce soit.


Nous voici face à deux évènements qui ont certes un dénominateur commun : celui de nous être faits insidieusement formatés à devoir répondre à des injonctions que nous n’avons perçues comme telles.


Ce fut l’étonnement de plusieurs de constater la soumission spontanée des sociétés au confinement et aux mesures disciplinaires ; c’est également la surprise de se découvrir parties prenantes et parties prises face à un nouveau monde déjà installé, en une marche annoncée comme irréversible, un état de fait. Plusieurs ont participé à ce progrès, cette nouvelle économie construite grâce à de nouvelles technologies; d’autres, plusieurs aussi, ont ressenti que leur hier se dissolvait, ont résisté. Les uns et les autres s’opposaient ou s’avançaient sans pourtant mesurer les changements qui se produisaient, sans en avoir voulu les conséquences qui déconstruisaient leur hier.


Tout fut insidieux, autant pour ces sociétés se transformant en foules soumises comme l’avait déjà compris Gustave Le Bon que ces sociétés devenues consommatrices, fragmentées en autant d’intérêts individuels. La peur de la mort fut l’outil de la gestion de la Covid et la mondialisation présentée comme un vertueux futur a réussi par mille subterfuges à rendre désirable ce nécessaire futur. Dans les deux cas, des bons et des mauvais citoyens.


RÉFLEXION

Si on regarde la pandémie et l’avènement du néolibéralisme, force nous est de constater que nous n’avons ni individuellement ni collectivement la maîtrise des changement sociaux ni du sens et de la direction de nos relations interpersonnelles. Tout s’établit insidieusement sans que nous puissions prétendre avoir choisi et voulu, même si quotidiennement nous choisissons et voulons en notre quotidienneté. Ce qui nous échappe, c’est notre mouvance collective, comme sociétés et ultimement comme espèce.


Posons quelques truismes. Depuis toujours et pour toutes les sociétés, il a fallu que certaines références communes soient partagées par les membres de ces sociétés pour qu’elles se singularisent et fonctionnent comme telles. Nous pouvons aussi affirmer que ces références ressenties comme utiles pour les individus et le collectif ont permis ce dont nous définissons comme la cohésion sociale. L’avènement des modes de vie à travers le temps a toujours eu comme moteur l’émergence d’une nouvelle technologie instaurant une nouvelle économie, que cette émergence précède ou réponde à de nouvelles nécessités. Ces transformations des sociétés ont toujours modifié les relations interpersonnelles dans l’aménagement de la vie quotidienne et donné sens nouveaux aux mots. Ajoutons que toutes les sociétés ont été et se sont installées par un pouvoir spécifique de nature pyramidale, de la force physique à la connaissance, entendue ici comme parole dominante régulatrice des normes. Ces rappels évidemment réducteurs me font constater que les populations deviennent des sociétés temporairement stables en s’adaptant à des environnements nouveaux pour permettre la reconduction de l’espèce humaine, biologiquement et anthropologiquement.


La « loi du plus fort » de Darwin a justifié des concepts tel celui du mâle alpha même si de récentes recherches ont démontré que chez les loups le mâle alpha était avant tout un bon père plus apte que les autres à assurer la survie de la meute. Darwin avait plutôt affirmé que la loi du plus fort, c’est la coopération. Ivan Illich dans La convivialité explicite la nécessité, pourtant naturelle, de la coopération. Le néolibéralisme prétend qu’il nous faut, chacun de nous, être le plus fort et que tout collectif est une illusion. La gestion de la pandémie tient le discours de la solidarité et ce répétitif « ensemble » de Justin Trudeau : les dissidents deviennent des mauvais citoyens tout comme les non-performants du néolibéralisme deviennent des « losers ». Nous intégrons ces stigmatisations en totale soumission aux normes dictées sans pouvoir prendre distance, sans pouvoir nous détacher de cette doxa que nous partageons, car il est aussi périlleux qu’être un bon ou un mauvais citoyen quand l’être social que nous sommes le devient sans que nous ayons pu choisir de l’être. Tout se vit alors comme si notre nature d’être social nous réduisait à cette condition comme si nous n’avions pas comme un destin personnel du vivre/mourir. Et nous hurlons avec les loups, insidieusement transformés et réduit à l’être social que nous sommes : notre destin personnel est de part en part soumis à notre condition grégaire. Il en fut toujours ainsi. Si ce néolibéralisme s’instaure et si la gestion de la pandémie nous transforme en foules, il est évident aussi, comme il le fut toujours, qu’une partie des membres des sociétés se refusent à participer à l’avènement des changements modifiant l’art de vivre. Ils sont désignés comme des mauvais citoyens. Ils sont pourtant des indicateurs que l’évolution des sociétés sont des transitions et non des ruptures radicales.


Ici, au Québec, mais par tous les pays du monde, cette frange de mauvais citoyens se manifeste et refuse la doxa nouvelle. Tous les Dirigeants en font une fange et la majorité d’applaudir.


« Cette crise nous montre que la mondialisation est une interdépendance sans solidarité » (Edgar Morin)


Cette mondialisation néolibérale et cette mondialisation des dissidents à la gestion de la Covid me fait voir l’évolution des sociétés comme une spirale qui permet d’en revisiter les spires, qui se déploie sur elle-même et permet de comprendre le sens et la direction de ces transitions. Qu’annoncent telles ? Quels rôles assument les dissidents dans ce changement des normes? Je partage la réflexion de Michel Maffesoli…et j’espère qu’elle soit juste, tant il m’indigne que cette frange de dissidents qui ici au Québec, fut traitée avec un mépris infâmant, allant même à désacraliser le mot Liberté en leur accolant de réclamer La libârté.


Honte!




QUESTION

Comment le « je » peut-il participer au « nous » s’il est diffamé de son propre destin ? Chacun de nous meure en sa mort, paria social ou parfait citoyen. Comment prendre distance réflexive de sa propre histoire, s’en réjouir, paria ou pas, et espérer aimer et être aimé ? Pouvons-nous être plus et autrement qu’un être social ? Comment enseigner que nous sommes formatés, individuellement et collectivement, en tenir compte et pourtant rire du rire des enfants ? Comment réfléchir aux rôles et statuts des mauvais citoyens ?





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