ÉVÈNEMENT : LA PAROLE, LE DROIT DE CITÉ ET L’AUTODIDACTIE

Dernière mise à jour : 9 juil.


C’est ce blog que je pose comme événement. Plus de 2millions de blogs sont publiés chaque jour sur le web. C’est de ces événements dont il est question, ce besoin de prendre parole.

Il semble bien que le techno-néolibéralisme, ce virtuel tous azimuts, a laissé échapper un cheval de Troie, la parole publique dé-hiérarchisée. Si le virtuel, les interfaces numériques, efface le lien physique de nos relations, s’il a fragmenté ainsi notre propre espace/temps au point qu’il nous contraint de nous demander « où es-tu ? », accrochés que nous sommes dans ce non-lieu, s’il a effacé le collectif, partant l’individualisme, il nous a ouvert à notre singularité, notre parole personnelle : pour nous nommer et partager cette heureuse nécessité de devoir maintenant alimenter le discours public.

Rien n’est tout à fait perdu de nos hiers, rien encore dessine l’émergence de demain, mais voilà que maintenant isolés les uns des autres, nous sommes plusieurs à redéfinir ce que sera notre corps/parlant. Est-ce que cette nouvelle société où le virtuel pourrait ne devenir qu’outil, que technique secondaire pour faciliter nos relations à visage découvert et phéromones de notre désir de l’autre ? Espoir.

Oui, des millions de blogs et plusieurs dites d’opinion, de journalisme citoyen, de forums d’intérêt, etc. Ces blogs sont des blogs de parole, celle des experts jusqu’à celle qui parle au quotidien. Elle ne s’évapore pas pour autant cette hiérarchie qui qualifie la parole instruite et discrédite la parole non-instruite. Cette parole qui pourtant nomme le quotidien à travers les médias sociaux.


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https://www.journaldemontreal.com/2022/05/05/a-la-defense-des-gens-ordinaires


Une grande différence entre la parole des gens ordinaires et celles des autodidactes qui se font blogueurs ?


Voilà qu’il est opportun d’interroger la parole des autodidactes, définie trop courtement par son écart de la parole des diplômés, cette distance entre la connaissance avérée et la recherche de la connaissance qui n’a ni le prestige, ni le pouvoir d’établir la doxa.


Est-ce que la dé-hiérarchisation de la parole octroiera doit de cité à toutes les paroles, jusqu’à celle du des trolls et des complotistes ? Est-ce que se disloquera la fracture entre ceux qui sont autorisés à parler et ceux qui seraient indignes de prétendre même parler ? Est-ce que l’autodidactie n’est pas justement au cœur exemplaire de ces questions tant il est à la fois instruit et ignorant ? Tant sa parole est de l’ordre de l’usurpation que celle de l’affirmation de la construction de l’autonomie ?

Est-ce que l’autodidacte pourrait faire le pont entre la parole reconnue et la parole dite incompétente ?

Je crois que l’autodidacte peut annoncer une réflexion sur cette dé-hiérarchisation espérée pour y donner un sens qui n’est ni celui du combat ni recherche sa propre légitimité, mais une réflexion observatrice du partage des connaissances qui font production des liens humains. Quelles sont les connaissances et leurs pratiques qui reconnaîtraient l’apport de tous et chacun ? La vie-travail d’un cordonnier, nous est-elle pas aussi essentielle que celle de l’ingénieur en nanophysique ? Pour quelle raison faudrait-il permettre la disqualification de la pensée-en-marche ?

Telle est, me semble, la fonction de l’autodidacte, celle de favorise la reconnaissance d’un « revenu de connaissance » comme il est souvent espéré bénéficier d’un « revenu garanti » 😊

L’autodidactie est un work-in-progress qui ne veut prétendre nier la doxa, mais plutôt introduire une interrogation soutenue, car elle est condamnée à comprendre, pour à la fois répondre à sa propre légitimation sociale et avouer/dévoiler ce qui la contraint à n’avoir pas droit de cité. L’autodidactie est de l’ordre de cette communauté commune à tous ceux et celles qui sont désignés faire partie de la masse, de la foule puisqu’ils n’ont que prescription de devoir reconnaître la hiérarchie sociale, eux les anonymes.

Certes, cet anonymat est combattu par les militants de mille causes qui toutes contestent d’une certaine façon la doxa, cette pratique des relations au pouvoir. D’autres, la majorité se taisent soit par résignation soit parce qu’ils ne sont pas outillés pour prendre parole. D’autres encore s’insurgent s’auto-disqualifiant et deviennent des trolls, pratiquant ce qui est entendu comme du vandalisme idéologique, alors qu’ils ignorent le sens de ces termes.

Les ayants-droits de la parole développent mille stratégies pour interdire un bouleversement de la doxa. Pour l’illustrer, regardons cet exemple du wokisme qui ignore pourtant n’être que l’effet de la fragmentation des collectifs que le néo-libéralisme a réussi. Est-ce que l’intervention d’Elon Musk qui achète twitter pourrait-être ce cheval de Troie qui ouvre à la parole de tous et de toutes. Mathieu Bock-Côté en fait une analyse qui démontre qu’il faut censurer la censure.


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https://www.journaldemontreal.com/2022/04/26/elon-musk-et-la-reconquete-de-la-liberte-dexpression

Quel rapport avec l’autodidactie ? Peut-être que cet Elon Musk a compris qu’il fallait accélérer cette transition pour qu’on cesse d’y stagner ? D’accord. Mais quelle sera la suite du virtuel, cette décorporation des zhumains, ou peut-être pas, lui qui nous met en garde contre l’intelligence artificielle, cet outil nécessaire à l’avènement du metaverse. Il y a eu les philosophes antiques qui ont façonné notre pensée, peut-être que la parole sera maintenant moins de celle mots, mais celles des actions ? Que fait l’autodidacte si ce n’est d’agir, si ce n’est de proposer une réflexion qui ne soit pas la reconduction de la doxa ? Le pourra-t-il encore quand l’’humain sera connecté à l’intelligence numérique par une puce implantée en son cerveau ?

La charge rageuse des mass media contre Elton Musk montre bien que celui-ci va à contre-courant de la propagande qui vise à déclasser la parole non-reconnue. N’est-il pas ainsi un militant de sa propre cause, ridiculiseront les bien-pensants. Serait-il plutôt un autodidacte?

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https://www.youtube.com/watch?v=PaVgCwVNuZA

Il ne s’agit pas ici de faire l’éloge ou la critique d’Elon Musk, mais de réfléchir sur le problème de la parole instruite et de la parole dite ignorante.

L’autodidactie n’est pas que recherche de connaissances instruites, me semble-t-il, mais affirmation du droit de la parole sienne, une auto-permission de vivre sa vie et de l’agir. L’autodidacte, n’est-il pas « condamné » à donner sens, comme l’immense majorité des populations qui ressentent n’être pas soumis entièrement aux mécanismes sociaux qui en font « chair à société » comme on dit « chair à canon » ?

Il faut donc dépasser cette simpliste définition de l’autodidacte qui le réduit à n’être pas un diplômé. Cette définition-étiquette conforte la doxa en reconduisant son pouvoir exclusif de nommer.

Il est convenu de reconnaître que notre temps et un temps chaotique et qu’un effondrement, lequel, est possible. Sans doute.

J’ai dans mes posts précédents tenter de comprendre la dynamique et les enjeux que révèlent certains événements sociaux. J’ignorais alors que mon blog était d’abord protestation contre l’envahissement du virtuel, contre la disparition des valeurs de mon espace/temps, moi qui suis âgé.

La découverte du Neuralink confirme mon appréhension et m’indique un nouveau chemin. Est-ce que mon devoir d’autodidacte devrait me conduire à accepter ce qui me semble irréversible, accepter alors que le néolibéralisme est la meilleure adaptation pour assurer la survie de notre espèce et me taire alors.

Edgar Morin nous met en garde : « Les Idées comme les Dieux, tout en étant les produits de nos esprits, prennent une réalité formidable, dominent et asservissent les esprits dont ils sont les produits. »

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(https://twitter.com/edgarmorinparis/status/1521553883293794305?msclkid=d0874e44ced811eca8c58d84f709514c)

Il nous faut donc échanger, dialoguer pour ne point nous enfermer dans nos propres idées. Si le danger pour les diplômés est de ne plus pouvoir entendre les questions, il est sans doute pour l’autodidacte de refuser les réponses.

L’autodidactie ne vise-t-elle pas avant tout à donner sens aux réalités qui l’interpellent, ces évènements qui surgissent dans le quotidien concrétisant les idées dont ils sont le support et l’expression ? Elon Musk donne corps à cette rupture radicale de la formation des idées à travers des espaces/temps qui opposent les références, formatrices des liens/ des idées, des hiers et d’aujourd’hui. Hier, le tissu humain, sa trame, s’organisait à travers des relations « corporelles », physiques ; aujourd’hui, ces relations sont de l’ordre du virtuel, du numérique. Son entreprise Neuralink vise à permettre l’implantation d’une puce dans notre cerveau pour pouvoir « dialoguer » avec l’intelligence artificielle. Quel sens aura alors le vocable « dialoguer » ?

Si la déhiérarchisation de la parole permet l’expression de toutes les paroles, n’entraîne-t-elle pas aussi l’effacement de l’ancrage spatio/temporel des individus, et je dirais en boutade, sa géolocalisation existentielle ?

Hier, les références formatrices des idées étaient de l’ordre des collectifs inscrits sous la « parole du père », l’autorité qui établissait pour chacun une place dans la cité, un statut/rôle. Le néolibéralisme déhiérarchise les liens humains et fait d’eux des « entrepreneurs » individuels dans leur nécessité derechef d’établir eux-mêmes leur place dans la cité.

Christian St-Germain, dans Le nouveau sujet du droit criminel, se référant à Pierre Legendre s’interroge ainsi : « Il s’agit d’épargner les souffrances de l’enfant roi qui, ne s’étant jamais vu assigner une place de droit ni de limite, en récolte les déconvenues. L’enjeu réside dans la tâche, pour la génération précédente, de soustraire le nouveau venu au statut d’autodidacte perpétuel » (127)

C’est moi qui me permets de souligner cet autodidacte perpétuel. J’y suis confortable si l’autodidactie a pour fonction d’arbitrer pour ainsi dire les réponses et les questions. Je le pense. L’autodidacte serait alors en état de veille, ancré dans la suite des évènements, affamé de comprendre pour donner sens à sa propre singularité et proposer les questions qui relient, contraint pour ainsi dire de devoir tenir compte de la complexité dont sont tissés les idées et les événements.

Nous sommes bien loin ici de cette courte définition de l’autodidacte qui l’oppose au diplômé.

À votre tour de nous dire



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